Deux soirées de projection entre transmission et traduction de l’Histoire, des utopies politiques et des héritages coloniaux, présentées par la maison de production Spectres, dirigée par Olivier Marboeuf. Des ouvrages filmiques empreints d'autres voix et d'autres imaginaires que l'on cherche souvent en vain dans le cinéma français actuel. Des regards engagés, une expérimentation formelle qui mettent en lumière une autre facette de l'Histoire.
Les 19 et 20 octobre, rencontre et débat avec Olivier Marboeuf à la Kinemathek Karlsruhe.
En coopération avec Espace Khiasma - Les Lilas, Spectre Productions et la Kinemathek Karlsruhe.
Programmation:
Le 19 octobre à 19 heures:
Laura Henno, "Koropa"– 2016 – court-métrage – 19 min. – Shindzuani, sous-titres en anglais
"Koropa" raconte l’histoire de Patron qui, dans la nuit noire, au large de l’archipel des Comores, apprend à devenir « Commandant » auprès de son père « adoptif ». D’ici peu, il emmènera en vedette ses premiers voyageurs clandestins vers Mayotte, espérant passer à travers les mailles du filet de la police.
Filipa César, "Spell Reel" – 2017 – Documentaire – 96 min. – portugais, peul, créole de Guinée-Bissau, anglais, français, sous-titres en anglais
En 2011, une archive filmique et sonore ré-émerge à Bissau. Au seuil d’une destruction complète, ces bandes témoignent de la naissance du cinéma guinéen. En collaboration avec les cinéastes guinéen Sana na N’hada et Flora Gomes, ainsi qu’avec beaucoup d’autres alliés, Filipa César imagine un périple où cette fragile matière du passé opère comme le prisme visionnaire d’un éclat d’obus à travers lequel nous regardons. Numérisée à Berlin et projetée dans différents contextes – dans ce qui pourrait ressembler à un cinéma itinérant transnational – l’archive provoque débats, récits et prémonitions.
Le 20 octobre à 21 heures 15:
Ismaïl Bahri, "Foyer" – 2016 – Essai – 32 min. – arabe tunisien, sous-titres en anglais
Foyer semble à première vue être une projection sans film où seul est donné à voir un écran blanc palpitant. Des voix accompagnent ce blanc. Elles proviennent de passants à Tunis qui ont abordé le caméraman du film au travail pour le questionner sur ce qu’il faisait. Il est tour à tour approché par un photographe amateur, un passant curieux, un policier et un groupe de jeunes. Au fur et à mesure de leurs développements, les discussions dévoilent aux spectateurs les principes d’une expérience filmique en cours et, par là-même, les principes du film qu’ils regardent. Cette expérience intrigue, interroge et transforme la caméra en un foyer (à l’image d’un feu) autour duquel on se réunit, parle et écoute. Grand prix du jury du festival international du court-métrage d’Hambourg 2017
Martin Le Chevallier, "Münster" – 2016 – Court-métrage – 48 min. – français, sous-titres en allemand
Münster raconte le naufrage d’une utopie. En 1533, les anaun peuple qui se croyait élu a instauré un régime communiste en Allemagne du Nord. Mais ce rêve, nourri d’espérance mystique, s’est vite écroulé. La ville a été assiégée puis vaincue. Deux assiégeants observent la cité retranchée et nous retracent la gloire et la chute de ce royaume éphémère. Tels un candide et un historien, ils songent à l’invention des mythes, à l’ivresse de la foi et aux vertus de la tyrannie.
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